Autodiagnostic, réseaux sociaux et troubles neurodéveloppementaux : prendre du recul

Les contenus consacrés à l’autisme (TSA), au trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) et aux autres troubles neurodéveloppementaux sont de plus en plus présents sur les réseaux sociaux.

Des témoignages personnels, des listes de signes, des vidéos explicatives et des tests rapides peuvent faire découvrir des fonctionnements qui étaient méconnus et peuvent aussi permettre de s’interroger sur ses propres difficultés.

Des descriptions dans lesquelles beaucoup de personnes peuvent se reconnaître

Cette visibilité peut être bénéfique quand elle permet de mieux comprendre certaines expériences, de réduire la stigmatisation ou d’encourager les personnes à rechercher de l’aide.

Toutefois, elle comporte aussi des limites : les informations diffusées sont parfois simplifiées, sorties de leur contexte ou elles sont présentées de manière à laisser penser que des expériences très courantes suffisent à identifier un trouble.

Se reconnaître dans un contenu en ligne sur l’autisme ou le TDAH ne signifie pas nécessairement présenter ce trouble

Il est important de distinguer la découverte de certaines caractéristiques de la démarche clinique nécessaire pour les comprendre.

Pourquoi a-t-on parfois l’impression que tout le monde est autiste ou TDA/H ?

Les contenus diffusés sur les réseaux sociaux présentent souvent des caractéristiques comme la procrastination, la distraction, la fatigue sociale, la sensibilité au bruit, le besoin de solitude, les difficultés d’organisation ou la tendance à beaucoup réfléchir. Mais elles ne sont pas spécifiques à un trouble neurodéveloppemental. Elles peuvent concerner de nombreuses personnes, y compris celles qui ne présentent aucune pathologie. Elles peuvent aussi être influencées par le stress, l’anxiété, la dépression, le manque de sommeil, une période de surcharge ou les circonstances de vie.

Par exemple, oublier régulièrement certaines choses ne suffit pas à conclure à un TDA/H. Apprécier la solitude ou en avoir besoin, être sensible aux bruits ou trouver certaines interactions sociales fatigantes ne suffit pas à conclure à un trouble du spectre de l’autisme.

Quels éléments permettent de distinguer une caractéristique d’un trouble ?

Ce qui compte n’est pas uniquement la présence d’une caractéristique, mais sa nature, son intensité, sa fréquence, son ancienneté, son contexte d’apparition et ses répercussions sur le quotidien. C’est l’ensemble de ces éléments qui permet d’apprécier leur éventuelle signification clinique.

Des contenus conçus pour attirer l’attention

Les réseaux sociaux favorisent certains formats de contenus qui captent rapidement l’attention et suscitent de nombreuses réactions. Dans le domaine de la santé mentale et des troubles neurodéveloppementaux, ces mécanismes peuvent notamment encourager l’identification à partir de descriptions simplifiées.

Des titres accrocheurs qui favorisent l’identification

Sur les réseaux sociaux, les contenus courts, frappants et facilement partageables sont particulièrement visibles. Les formulations comme « 10 signes que tu es autiste sans le savoir » ou « Si tu fais ceci, tu as probablement un TDA/H » suscitent la curiosité et peuvent encourager chacun à se reconnaître dans une liste de comportements.

Des formats qui simplifient la réalité clinique

Ces formats ne permettent pas de rendre compte de la complexité des critères diagnostiques, des diagnostics différentiels ou de la diversité des présentations cliniques. Ils privilégient souvent les exemples les plus parlants, au détriment des nuances nécessaires à une compréhension rigoureuse.

Des algorithmes qui renforcent l’impression de ressemblance

Il faut également garder à l’esprit que les algorithmes peuvent proposer de plus en plus de contenus similaires après quelques interactions avec une thématique. À force de voir des témoignages et des descriptions qui se ressemblent, vous pouvez avoir l’impression que ces caractéristiques sont omniprésentes et qu’elles correspondent nécessairement à votre propre fonctionnement.

Un contenu qui semble très pertinent pour soi constitue éventuellement une piste de réflexion, pas une preuve diagnostique

Quand une personne rencontre des difficultés depuis longtemps sans arriver à les comprendre, découvrir des descriptions de l’autisme, du TDA/H ou d’autres troubles peut représenter un véritable soulagement. Cela peut permettre de nommer certaines expériences, de revisiter son parcours et d’aider à formuler une demande d’évaluation.

L’autodiagnostic : une démarche compréhensible, mais à considérer avec prudence

Il ne s’agit pas de reprocher aux personnes de s’interroger ou d’explorer ces hypothèses. Le questionnement personnel peut constituer un point de départ tout à fait légitime.

Les risques d’une interprétation trop rapide

Le problème apparaît lorsque l’hypothèse devient une certitude pour soi ou son entourage sans avoir été suffisamment examinée. Un autodiagnostic peut conduire à interpréter l’ensemble de ses expériences à travers une seule explication, à négliger d’autres causes possibles ou à rechercher uniquement les informations qui confirment une conviction déjà établie.

Une évaluation pour explorer différentes hypothèses

Le fonctionnement humain est complexe : des difficultés qui se ressemblent en apparence peuvent avoir des origines différentes, et plusieurs facteurs peuvent coexister chez une même personne. Une démarche d’évaluation vise justement à examiner ces possibilités, y compris celles qui ne correspondent pas à l’hypothèse initiale.

L’autisme et le TDA/H ne sont pas des tendances ou des identités à adopter

La visibilité croissante des troubles neurodéveloppementaux sur les réseaux sociaux contribue à mieux faire connaître certaines réalités, mais elle peut aussi favoriser des représentations simplifiées. Il est donc essentiel de distinguer le fait de se reconnaître dans certaines caractéristiques de la réalité clinique de ces troubles.

Des troubles neurodéveloppementaux réels, aux manifestations variées

La médiatisation croissante des troubles neurodéveloppementaux peut parfois donner l’impression que l’autisme ou le TDA/H sont devenus des caractéristiques valorisantes, voire des éléments d’identité que l’on pourrait revendiquer simplement parce que l’on se reconnaît dans certains témoignages.

Je trouve important de rappeler que l’autisme et le TDA/H sont des troubles neurodéveloppementaux réels, dont les manifestations et les conséquences varient considérablement d’une personne à l’autre. Ils peuvent s’accompagner de difficultés importantes dans les apprentissages, le travail, les relations sociales, l’autonomie ou la gestion du quotidien. Certaines personnes doivent aussi composer avec une fatigue considérable, des besoins d’accompagnement ou des comorbidités.

Éviter les représentations idéalisées ou réductrices

Présenter ces troubles uniquement sous un angle positif ou valorisant ne rend pas compte de toute cette réalité. À l’inverse, les réduire à leurs difficultés serait aussi réducteur, car les personnes concernées ont des profils singuliers, avec des ressources, des intérêts et des besoins qui leur sont propres.

Il n’est pas nécessaire de présenter un trouble pour avoir le droit de rencontrer des difficultés, de demander de l’aide ou de chercher à mieux se comprendre.

De même, un diagnostic n’est ni une qualité à acquérir ni une identité à adopter pour donner du sens à son vécu.

L’objectif n’est pas d’obtenir une étiquette, mais de comprendre son fonctionnement et d’identifier les réponses les plus adaptées à ses besoins.

Pourquoi consulter un professionnel en cas de doute sur des troubles ?

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs descriptions de l’autisme ou du TDAH et que vous vous posez des questions sur votre fonctionnement, il peut être utile d’en parler à un professionnel qualifié.

Une évaluation ne consiste pas simplement à cocher une liste de signes ou à comparer votre expérience à celle d’une personne diagnostiquée. Elle repose sur une démarche clinique qui prend notamment en compte :
– l’histoire développementale et le parcours de vie
– la présence et l’évolution des difficultés au fil du temps
– leur manifestation dans différents contextes
– leurs répercussions sur le quotidien
– les autres facteurs susceptibles d’expliquer ou d’accentuer les difficultés
– les informations complémentaires disponibles, quand cela est pertinent.

Dans le cadre d’un bilan neuropsychologique, les entretiens, les observations cliniques et les outils standardisés peuvent contribuer à mieux comprendre votre fonctionnement et à examiner différentes hypothèses. Selon la situation, un avis médical ou une évaluation spécialisée complémentaire peut être nécessaire.

Il est aussi important de savoir qu’une évaluation ne conduit pas systématiquement à confirmer l’hypothèse envisagée au départ. Elle peut mettre en évidence un autre facteur explicatif, plusieurs difficultés associées ou des éléments insuffisants pour conclure.

Une conclusion nuancée ou l’absence de confirmation d’un diagnostic ne signifie pas que les difficultés ressenties ne sont pas réelles.

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